Carol shapiro est née le 17 mars 1958 à san rafael, Californie, vit et travaille à Antibes, France
Peindre, traverser, témoigner, transmettre ? Mon itinéraire
s’est tissé dans les traverses des rencontres et des transmissions.
Au-delà des directions préétablies. Hors champ. Dans
l’archéologie, la géographie étrange des mémoires
en passant par musique, poésie, taille des vignes, journalisme, errances
des quatre saisons…
Puis la peinture s’est imposée. Elle s’est manifestée
comme une évidence. Elle a mûri dans les ateliers des invisibles
entre le zen, le Judaïsme, le christianisme, la psychanalyse : la diversité
des regards posés sur le monde où le sacré, finalement,
rejoint la rue dans l’oubli des frontières/dogmes rassurants
qu’on ose parfois dépasser dans l’acceptation de l’insécurité.
Le monde se donne à voir en faisant scintiller quelques signes, comme
dit le Talmud :
« Le monde n’existe pas, l’homme le fait exister en interprétant
les signes qu’il lui offre »
La possibilité d’inscrire, de tracer, de découvrir surtout,
ces itinéraires défrichés dans les entrelacs des transmissions…
La peinture me permet de rencontrer, de converser avec ces espaces où
rien n’est accompli, où tout est fluctuant, ici et là
à la fois, comme les particules du monde de la quantique ; incernables
et insondables. De marcher tranquillement dans l’inquiétante
étrangeté. D’en rapporter si le moment est propice, un
tracé venu de l’autre côté du hasard.
Elle se dit, trouve d’elle-même son langage, où souvent
se révèlent un signe, un objet trouvé : papiers, image,
bribes d’instants, cahiers d’écoliers…
Plus qu’une simple anecdote, ces objets trouvés, oubliés,
instant de la vie d’un inconnu, sont la base même de mon travail
: inscrire l’Autre, les autres, dans une toile, dans l’entrelacs
des signes apparus qui, à leur insu, les rattache à un processus
de création…
Leur redonner un sens, réinventer une histoire, leur rendre juste un
hommage anonyme. Comme une trace, une empreinte, un lien vers ailleurs, car
tout dans la naissance d’une oeuvre, naturellement, vient de l’autre.
Toute une partie de mon travail, sur cartes marines, est issu aussi de rencontres
et objets trouvés, et a trouvé une résonance peu à
peu, s’est inscrit aussi dans un long questionnement sur l’abjection
du racisme et de ses pouvoirs, la genèse de la xénophobie (voir
Revue Interdisciplinaire Alias).
La création surgit au carrefour du culturel et du singulier.
La rencontre avec ce support est venue signifier d’elle-même une
position où le transculturel
rejoint l’intime…
Les cartes sont parfois peintes, déchirées, oblitérées,
d’autres sont découpées et collées sur bois. Mais
elles laissent apparaître des traces, des noms, des lieux, des mesures
que le geste transforme dans le dialogue incontrôlable des formes en
devenir.
Dans la Vallée de l’Etonnement, du poète soufi Attar «
… il fait noir et jour à la fois, il fait chaud et froid à
la fois, on voit et on ne voit pas, on est, on n'est pas à la fois.
Les choses existent, les choses n'existent pas »
La peinture nous offre un espace, sans garde-fous, vertigineux. Il suffit
peut-être de laisser aller la parole et ses résurgences, de ne
pas se prendre au sérieux, car après tout, ses turbulences se
manifestent en passant, dans le grand jeu fluctuant de l’impermanence,
dans l’in fini des interprétations ?
« Les oies sauvages ne cherchent pas à se mirer, l’eau
ne cherche pas à refléter leur image »
koan zen