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Rideaux

Des gouttes de pluie
Ont séché sur les volets
Le nuage s’éloigne.

Ne plus bouger
Plus respirer
Taire les battements de cœur
S’éloigner du silence
Ne plus bouger
Ni un doigt, ni un cil
Garder les paupières ouvertes
S’assurer d’être seul
Immobile
Tout arrêter
Maintenant
Stop !
Et puis l’on voit
Immobile
Les yeux roulent, les objets parlent
Insonores
Une photo là, une autre ici
Le rideau qu’on tirait tous les soirs
Un pied de la table qu’on avait éborgné
Le reflet dans la vitre, la lumière du couloir
Le tableau, jamais droit
Un vieux vase perdu sur l’armoire
La tâche du mur, fondue au décor
Un clou rouillé qu’on avait oublié
Le tapis et ses fleurs qui brillent chaque été
Le coin qu’on évite depuis l’araignée
Une lettre inachevée
Le stylo séché
Les volets fermés
Un lilas fané
La poussière sur les disques
Des livres
Le balai allongé sur le sol
Et puis moi…
Je me lève, j’avance un pied, l’autre
Ma main se lève aussi, je la vois
Elle s’empare du sourire de papier Kodak et le plaque sur l’acajou ciré
Derrière c’était la mer. Il y a si longtemps
J’avance un pied puis l’autre
Mes yeux se plissent… Combien de fois ai-je ouvert cette porte ?
Je ne sais plus… Je sors
Dehors le soleil se mêle au vent froid de l’hiver
Je fais mon premier pas
Je ne reviendrai pas.

© Marc Heddebaux 2005