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Gigue

Sur un coquelicot
Le papillon du matin
S’apprête à voler

Et si de l’autre côté les rêves vivaient.
Si on les avait oubliés depuis toujours.
Si nos yeux ne s’étaient jamais ouverts,
clos, sourds, muets de lumière.
Si nos bouches s'étaient édentées.
Si nos corps affamés s’étaient amputés…
Et puis un jour, effacé du calendrier,
un matin qu’on n’a pas vu venir, caché par la brume,
des terres sillonnées de labours
les lignes ordonnées qui ne finissent jamais
s’emmêlent se déchaînent et s’envolent.
Elles filent et défilent en ivresse.
Ce qui était en dessous voit le jour,
les couleurs s’apprivoisent et se fondent,
les bleus, les rouges, les jaunes et puis du vert.
Elles dansent, courent, fluides et légères,
cascadent sur les murs et les herses,
raillent et déraillent,
dessinent sans soin
des courbes, des secrets qu’elles clapotent
à l’oreille comme une gigue endiablée.
Écoute ses pas ! Ils roulent par millier,
ils sont là !
Ils nous prennent et nous soufflent en nuée de plume d’oie.
Écoute ses pas !
On vole !
Nos ailes se touchent

Je te vois.

© Marc Heddebaux 2005