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Dernier Regard

Encore un reflet
Une chandelle étouffée à la table d’un café
Une persienne qui baille sa ferraille rouillée
Les porches écaillés expirent leurs chiens
C’est l’heure du matin
Des pas égarés sous les murs de Saint-Ouen
Des ombres amassées sur les pierres lézardées
L’heure d’être seul quand le monde s’éveille
L’heure des chagrins quand on a trop rêvé

Dernier regard
Demain je serai loin
Peut-être
Ou à deux pas
A me faire enjamber
A saigner mes espoirs sur le bord d’un trottoir
Peut-être

Dernier regard
La lucarne du toit projette ses étoiles en ciné permanent
Et les croisées des fenêtres en viseur nocturne
Ciblent leurs proies aux lumières des chevets
Vie après vie
Sans fin
Sans début

Dernier regard
Ici on remonte le temps pour ne pas être en retard
Là on écoute les morts du dernier dimanche
Au-dessus on vomit sa nuit blanche
Ailleurs, au fond d’un sommeil
Un corps frigide dégorge son sperme
Plus bas on a peur mais c’est l’heure
Toujours pareil
Deux pas et l’on ferme
Cinq verrous alignés sur une porte d’acier
Le voisin qui meurt
L’autre qui chante pour la gloire
Sous le néon du miroir
Elle, pleure en silence parce qu’elle sait
Au deuxième on s’aime deux fois par an
C’est le moment
Le moment des poubelles
Celui du ciel blanc dans les gaz d’échappement
Le moment des enfants
Des pigeons qui s’éveillent
Des lumières qui s’éteignent
Des espoirs qui saignent sur le bord des trottoirs
Des cartons qu’on enjambe près des chiens qui attendent
Le moment de partir
Le moment de fuir
De sortir du ciné en brûlant ses papiers
Pour ne jamais mourir
Il est temps
Je m’en vais en soufflant sur les cendres
Dans trois jours je verrai l’océan
L’horizon
Les nuages qui s’envolent
Un peu de sel aussi
Le sable
La mer
Dans trois jours je cracherai dans le vent.

© Marc Heddebaux 2005