
Un
jour de pluie.
Un jour comme les autres. Sans couleur, sans odeur.
Un jour ni chaud, ni froid. Qui ressemble vaguement à hier, à
demain.
Un jour de boue. Mou. Qui dure toujours.
Un jour où les passants aux têtes courbées se croisent sur
les trottoirs en évitant les flaques.
Un jour comme toujours, où les fenêtres des maisons alignées
perlent leur buée.
Un jour qui égrène en silence ses interminables secondes.
Un jour de brume, sans clocher, sans verbe, sans sujet.
Un jour où le désir m’a mené dans cet endroit familier
que je ne connais pas.
Un jour où ça sent la bière, un peu le café et le
tabac froid.
Où je suis assis sur une chaise de bois cintré.
Je commence à peine à me réchauffer.
Depuis combien de temps suis-je ici ?…Je ne sais pas.
Je regarde la porte qui s’ouvre et se ferme aux visages inconnus.
Jamais le vôtre.
Je sais… Le vôtre, je le reconnaîtrai…Aujourd’hui
peut être…ou un autre jour.
Et puis, pourquoi espérer vous surprendre ici.
Je devrais parcourir la ville, fouiller ses rues, frapper aux portes, les enfoncer
si elles me résistent,
demander à tous ces gens invisibles, sourds, de me dire votre chemin,
supplier s’il le faut, les noyer de mes mots pour qu’ils comprennent,
qu’ils goûtent enfin la chaleur d’une rencontre,
extirper ce qu’ils ont oublié,
les ramener aux années de l’enfance, ces temps où ils jouaient
au docteur
et enfin entendre de leur bouche l’endroit magique… La dame aux
yeux verts…elle est là…juste derrière
Alors, je me retournerais pour effleurer votre porte.