"C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent. Où le soleil de la montagne fière
Luit. C'est un petit val qui mousse de rayons"(...)
L'ombre de Rimbaud se penche sur mon ombre tandis que mes pas alourdis par
le fardeau des ans m'emmènent dans ma promenade quasi quotidienne.
Malgré moi, je cherche derrière une touffe de joncs gracieux
ou sous les ramures échevelées d'un vieux saule, la silhouette
affalée du dormeur transpercé. Ce décor est si ressemblant
que j'ai toujours été étonnée de ne jamais faire
cette rencontre.
Le torrent assagi émet ses notes floues, des cercles concentriques
trahissent des truites imprudentes, je suis heureuse qu'il n'y ait point de
pêcheurs alentour.
Ici-même, se mêlent pour moi les images du passé et de
l'avenir, ici-même, je trouve mes repères. Ce "voyage"
proche de la nature et de mes souvenirs me fait penser aux voyages de ma jeunesse,
lorsque je croyais que le bonheur consistait en ces départs vers des
pays lointains, ces départs où l'on ne voulait pas imaginer
de retour.
A cette heure, je ne saurais me passer du gué où l'habitude
m'a amenée. Sa traversée me guide vers un sentier bordé
de halliers touffus, je me désaltère aux baies des buissons
de mûres qui rougissent mes doigts et mes lèvres;
Le soleil a disparu, seules de petites lunes de lumière parsèment
l'ombre glauque, rappelant ainsi son existence. En sortant de ces limbes,
l'explosion du paysage environnant me donne une idée du paradis terreste.
La "montagne fière" se dresse, avec à ses pieds, les
champs de lavande, lacs immobiles. L'or des tournesols éblouit et même
les jachères nous offrent leur luxuriante verdure.
Le silence parfait est irréel avant que ne s'élève le
chant joyeux d'un merle dont l'écho dru décante ma pensée.
Il me semble alors, prétentieusement, que ce décor a été
planté pour moi.